Le Regard de La CoSci : Pilates & Scoliose

par Nathalie Nayy et Maryline Paris

Marie est une jeune fille de 20 ans, présentant une scoliose sévère, qui a débuté le Pilates au studio, sur les conseils de son chirurgien lorsqu’elle avait 14 ans . Pendant 4 ans, elle est venue une fois par semaine en cours collectifs sur tapis. Pour la rédaction de l’article, je lui ai demandé de me parler se son vécu « avant et après Pilates » et comment elle se sentait alors qu’elle ne pratiquait plus le Pilates au studio depuis plus d’un an.


Témoignage de Marie

« Tout d’abord ma double scoliose a été diagnostiquée à l’âge de 10 ans. Le Dr X du CHU de Caen avait préconisé un corset Munster 23h/24 et une séance de kiné par semaine. A l’âge de 13 ans, ma scoliose a augmentée, le Dr X m’a préconisée une arthrodèse. Je suis allée, en plus, consulter le Professeur Y à l’hôpital Américain à Paris pour un 2ème avis ; celui-ci après un examen complet, nous a plutôt proposé de m’orienter vers des séances de Pilates et de la natation afin de muscler mon dos et mes abdominaux. Voilà comment j’ai connu le Pilates.

Mon ressenti avant le Pilates : je n’avais jamais fait de Pilates mais dès les 1ers cours, j’ai compris la respiration et grâce à tes conseils j’ai pu faire les différents exercices. Avant j’avais souvent mal au dos et j’avais une mauvaise posture.

Après le Pilates : j’ai une meilleure perception de mon corps puisque j’arrive à corriger ma posture, je muscle mon dos ; je sens que ma scoliose n’empire pas. J’ai remarqué que lorsque que j’avais mal au dos en début de séance, la respiration atténuait les douleurs. Parmi les exercices et les accessoires qui me soulagent le plus : étirement des ischio-jambiers avec l’élastique, le pont, le roller en début de séance lorsqu’on se met sur le dos dessus et les étirements du dos Dans mon quotidien, j’applique les exercices de Pilates dès que j’ai mal au dos (ce qui est très rare maintenant), cela permet de soulager la douleur.

Depuis que je ne pratique plus (crise sanitaire), je fais des étirements et un peu de gainage de temps en temps mais la motivation me manque car c’est plus stimulant en groupe ».


Résumé médical

L’utilisation et la publication des données médicales sont consenties par Marie et sa mère.

2012 Marie a 10 ans lorsque le diagnostic d’une scoliose double majeure ( 40° en thoracique droit et 34° en lombaire gauche )est posé ; le traitement proposé : corset plâtré pendant 3 mois puis un corset de Munster à porter 23 h sur 24 ; 1 séance de kinésithérapie par semaine. Marie pratique le sport scolaire et la natation une fois par semaine.

2015 Marie a 13 ans et présente une aggravation de sa scoliose ( 50° en thoracique droit  et 40° en lombaire gauche ; rétractions musculaires au niveau des ischio-jambiers  permettant une flexion cuisses-genoux tendus seulement de 40° ; proposition d’une arthrodèse par le chirurgien de Caen. Les parents sollicitent un 2ème avis médical : proposition de faire du Pilates et de poursuivre la natation en plus du corset à porter 20h sur 24. Le chirurgien explique à Marie qu’il est important « qu’elle renforce sa sangle abdominale pour limiter les contraintes sur sa colonne vertébrale et qu’elle assouplisse ses muscles ischio-jambiers ». 

Marie débute le Pilates en juillet 2015.

2016 scoliose de 50° en thoracique droit et 50° en lombaire gauche avec petite bascule du bassin ; le chirurgien note une meilleure souplesse chez Marie après 1an de Pilates (flexion cuisses-genoux tendus atteint 80 à 90°) et natation + corset essentiellement la nuit + talonnette.

2017 scoliose stable sur le plan clinique et radiologique avec des courbures de 45° en thoracique droit et 30° en lombaire gauche 

2018 scoliose stabilisée ; souplesse au niveau des ischio-jambiers ; 50° en thoracique et 45° en lombaire 


Ma rencontre avec Marie

Marie et sa maman viennent au studio en juillet 2015 suite aux recommandations du chirurgien de Paris ; Marie est une jeune fille de 14 ans  qui mesure presque 1m70 et que je sens « mal dans son corps » ; elle ne veut plus porter son corset toute la journée au collège et souffre beaucoup de son dos notamment lorsqu’elle est assise toute la journée en cours. Je lui propose en 1er lieu un cours particulier pour évaluer avec elle ce que son corps peut faire ou non et voir si elle pense que le Pilates peut lui convenir. Je lui explique que le Pilates va lui permettre de renforcer ses muscles profonds et que notre objectif est qu’elle « se sente soutenue par son corset musculaire naturel ».Marie se montre très volontaire et je suis agréablement surprise de sa rapidité de compréhension  et de sa facilité à intégrer les consignes. Je constate aussi qu’il y a  une belle mobilité dans son corps mais un manque de souplesse général et notamment au niveau des ischio-jambiers.

Nous décidons d’un commun accord que Marie peut tout à fait se joindre à un cours collectif niveau débutant et que j’adapterai certains mouvements pour elle. Marie vient une fois par semaine et je note qu’elle progresse nettement dans son ouverture thoracique à l’inspiration et que son centre se renforce de plus en plus. Elle devient très vite autonome et adapte d’elle même les mouvements qui lui conviennent le mieux. Ex : pendant presqu’un an Marie ne souhaitait pas faire « Rolling like a ball » car ca lui faisait mal et je l’ai laissée décider du moment où elle se sentirait prête en lui expliquant que plus son centre sera renforcé plus elle pourra soutenir ce mouvement à partir du centre et ne pas se faire mal ; J’ai vu au bout de 2 ans de travail les bienfaits sur la posture de Marie ; elle est plus tonique , présente une posture plus érigée et a gagné en souplesse. Elle pratique assidument depuis 4 ans maintenant et a rejoint un cours niveau  intermédiaire ; elle peut réaliser les mouvements de bascule sans problème et surtout sans douleur.

ANALYSE BIBLIOGRAPHIQUE « PILATES & SCOLIOSIS »

Une analyse bibliographie des publications scientifiques référencées utilisant les mots clefs « Pilates and Scoliosis » permet d’illustrer les propos décrits dans le témoignage de Nathalie. 

L’étude de Gou Y et al (1) a analysé de façon systématique les preuves publiées pour déterminer si la pratique du Pilates est une thérapie efficace pour la scoliose. Bien que les résultats témoignent d’une amélioration de plusieurs paramètres (qualité de vie inclue) des sujets atteints de scoliose modérée, les auteurs émettent des réserves dans leur conclusion. En effet le faible nombre des études scientifiquement qualitatives nécessite de prendre ces résultats avec prudence et devra être complété et consolidé. Parmi les 10 études qualitatives référencées dans l’article de Guo Y et al celle ayant obtenu la meilleure évaluation est l’étude de De Araujo M et al (2). Dans cette étude, les auteurs démontrent sur 31 patientes de 18-25 ans, que la méthode Pilates permet une réduction du degré de scoliose non structurelle, une flexibilité accrue et une diminution de la douleur. Enfin compte tenu du jeune âge de Marie la patiente décrite dans le témoignage de Nathalie il nous semble important d’insister sur l’impact de l’âge dans l’efficacité de la méthode chez les patients atteints de scoliose. A ce titre, bien que nécessitant d’être approfondis, les travaux de Rrecaj-Malaj S et al (3), montrent que le traitement d’adolescents par une combinaison d’exercices Schroth et Pilates induit une diminution significative de l’angle de Cobb et améliore l’expansion et la flexion de la cage thoracique.

Parmi les très nombreuses publications sur le sujet Pilates et Scoliosis, les 3 exemples analysés par la CoSci de la FPMP permettent de souligner 3 points :

  1. L’intérêt de la communauté scientifique à publier sur le sujet Pilates et Scoliosis (752 études recensées en octobre 2021), et plus largement sur le Pilates en général nous encourage à continuer de partager avec adhérents et pratiquants les analyses de ces publications scientifiques.
  2. La qualité variable des travaux publiés les rend plus ou moins exploitables. Plus la communauté scientifique publiera sur les bienfaits de la méthode Pilates, plus les démonstrations feront preuve de sérieux et de rigueur, permettant à la discipline de renforcer sa crédibilité. 
  3. Le barycentre des travaux scientifiques publiés traitant des bienfaits du Pilates se situe essentiellement dans des pays au système de santé historiquement tourné vers la prévention ou les médecines traditionnelles chinoise/ayurvédique (Chine, Corée, Inde) mais également des pays à forte responsabilité individuelle de sa santé (Kosovo, Uruguay, Brésil). Une contribution (par le biais des Fédérations sportives ?) des pays à forte culture scientifique devrait également permettre une montée en puissance qualitative des publications proposées.  

RESUME DES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Gou Y et al. The effect of Pilates exercise training for scoliosis on improving spinal deformity and quality of life: Meta-analysis of randomized controlled trials. (Baltimore). 2021 Oct 1;100(39):e27254.  College of Rehabilitation Medicine, University of Traditional Chinese Medicine, Fujian, China.

Dans cette étude les auteurs examinent de façon systématique les preuves publiées pour déterminer si l’entraînement Pilates est une thérapie efficace pour la scoliose. Les recherches ont été effectuées dans Medline, Embase, PubMed, Scopus, CINAHL, Physiotherapy Evidence Database (PEDro). La bibliothèque Cochrane, Baidu Scholar et Green Medical pour identifier des études randomisées qui ont testé l’effet de l’entraînement Pilates sur différents paramètres impliqués dans la scoliose idiopathique. Des méta-analyses distinctes ont été effectuées sur les paramètres de ces mesures de résultats. L’échelle PEDro a été utilisée pour évaluer la qualité méthodologique des études incluses. La recherche a donné 752 articles, dont 52 études qui ont été considérées comme potentiellement pertinentes et ont été analysées sur plusieurs critères qualitatifs. Cette revue a inclus 10 essais contrôlés randomisés (n=359 patients). Les scores PEDro allaient de 3 à 10, avec le score moyen dans tous les articles étant de 5,3/10 et jugés de bonne qualité. Les résultats ont indiqué que les exercices de Pilates étaient efficaces pour réduire ou améliorer les paramètres étudiés chez les patients atteints de scoliose. En conclusion, l’entraînement aux exercices Pilates peut réduire l’angle de Cobb et la rotation du tronc, soulager la douleur, augmenter l’amplitude de mouvement du tronc et améliorer la Qualité de vie pour les patients atteints de scoliose. Cependant, en raison de la faible qualité des preuves (10 études qualitatives), ces résultats doivent être interprétés avec prudence.

  • De Araujo MEA et al. The effectiveness of the Pilates method: reducing the degree of non-structural scoliosis and improving flexibility and pain in female college students. J Bodyw Mov Ther 2012; 16:191–8. Programa de Investigación Biomédica, de la Universidad de la Republica, Montevideo, Uruguay.

L’objectif de cette étude est d’évaluer l’efficacité du Pilates en fonction du degré de scoliose, de souplesse et de douleur. L’étude a inclus 31 étudiantes réparties en deux groupes : un groupe témoin (CG = 11), qui n’a eu aucune intervention thérapeutique, et un groupe expérimental (EG = 20), qui a subi une thérapie basée sur le Pilates. Des mesures de goniométrie radiologique ont été utilisées pour évaluer le degré de scoliose, des mesures de goniométrie standard pour déterminer le degré de flexibilité et l’ampleur de la douleur perçue en utilisant le Borg CR 10 pour quantifier le niveau de douleur. Le test t indépendant de l’angle de Cobb, de l’amplitude de mouvement de la flexion du tronc et de la douleur a montré des différences significatives entre les groupes, avec les meilleures valeurs dans le groupe Pilates. Le test t dépendant a détecté une diminution significative de l’angle de Cobb, une augmentation significative de la flexion du tronc et une réduction significative de la douleur dans l’EG. Aucune différence significative dans l’angle de Cobb, la flexion du tronc, ou la douleur n’a été trouvée pour le CG. En conclusion, le groupe Pilates obtient de meilleur résultat que le groupe témoin. La méthode Pilates a montré une réduction du degré de scoliose non structurelle, une flexibilité accrue et une diminution de la douleur.

  • Rrecaj-Malaj S et al “Outcome of 24 Weeks of Combined Schroth and Pilates Exercises on Cobb Angle, Angle of Trunk Rotation, Chest Expansion, Flexibility and Quality of Life in Adolescents with Idiopathic Scoliosis”. Med Sci Monit Basic Res, 2020; 26: e920449. Faculty of Physical Education, Sport and Health, University in Skopje, Pristina, Kosovo.

Les auteurs ont étudié l’impact d’une sélection d’exercices de la methode Schroth et de la méthode Pilates sur 69 adolescents de 10 à 17 ans, présentant une scoliose idiopathique avec un angle de Cobb de 10–45º. Le protocole de traitement de 24 semaines consiste en 2 périodes de 2 semaines de 60 min d’activité quotidienne chacune suivi de 10 semaines du même programme réalisé à domicile. Différents paramètres d’évaluation de la scoliose ont été mesurés avant traitement puis à 12 et 24 semaines. Les auteurs concluent que le traitement de ces adolescents par une combinaison d’exercices Schroth et Pilates induit une diminution significative de l’angle de Cobb et améliore l’expansion et la flexion de la cage thoracique. Une étude sur une période plus longue et prenant en compte la maturité du squelette des participants serait nécessaire pour obtenir des conclusions plus solides sur l’efficacité de ces approches dans leur potentiel à améliorer la scoliose sur le long terme. Néanmoins, cette première étude publiée dans un journal scientifique international est encourageante sur le potentiel de l’utilisation combinée des méthodes Schroth et Pilates dans le traitement la scoliose idiopathique faible et modérée chez l’adolescent.

Le Regard de La CoSci : Pilates & Cancer du sein

                       

Aujourd’hui, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Les traitements et leurs effets secondaires sont souvent lourds et longs, avec chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie.

L’activité physique, reconnue comme bénéfique pour le corps et l’esprit, est aussi le premier traitement des effets secondaires des différents traitements en cancérologie. 

Le Pilates est une discipline alliant la fluidité et la force dans le mouvement. Joseph Pilates disait « Non pas le corps ou l’esprit mais le corps et l’esprit ». Ainsi, la pratique du Pilates offre une prise de conscience du corps, facilitant la reconstruction et la réconciliation entre la femme ayant eu un cancer du sein et son corps. En effet, le Pilates fait partie des activités physiques proposées aux femmes dès l’annonce du diagnostic.

Mais que dit la littérature scientifique de cette proposition de pratique ? Par exemple, cette étude récente (2019) « Effets de différentes interventions d’exercice sur la qualité de vie des patientes atteintes d’un cancer du sein : un essai contrôlé randomisé » de Tetiana Odynets, Yuriy Briskin, Valentina Todorova (1) avait pour objectif d’évaluer les effets de différentes interventions d’exercice sur les paramètres de qualité de vie chez les patientes atteintes d’un cancer du sein pendant 1 an de réadaptation ambulatoire. 115 patients ont été répartis en 3 groupes : 1. Exercices aquatiques, 2. Méthode Pilates, 3. Yoga. Une augmentation significative des indicateurs de qualité de vie a été noté chez les participants des 3 groupes, mais les participants de la méthode Pilates n’ont pas de résultats supérieurs à ceux des autres groupes. Cette étude contrôlée, randomisée et portant sur un nombre conséquent de patients ne permet pas de valoriser le Pilates plus qu’une autre pratique. Néanmoins, cette étude atteste des bienfaits de la pratique du Pilates, au même titre que les exercices aquatiques ou le yoga ! 

Masseur-Kinésithérapeute et professeur de Pilates, je suis spécialisée dans la prise en charge des femmes atteintes d’un cancer du sein. Je leur propose en plus de la rééducation, des cours de Pilates sur tapis.

 J’interviens également dans une association pour femmes ayant un cancer pour leur donner des cours de Pilates et de course à pied.

Les cours de Pilates se font en petit groupe de 4-5 personnes maximum et sont adaptés à chacune, que ce soit au cabinet ou à l’association.

En alliant mes connaissances de la pathologie et celles de la méthode Pilates, je peux adapter et personnaliser les exercices à chaque élève en fonction de sa propre évolution. 

J’ai une trame de cours en tête que j’adapte à chacune en fonction de ses possibilités, tout en gardant une cohésion de groupe pour le cours. C’est donc un cours collectif individualisé ! Mon but étant de les faire avancer sur le même chemin, chacune à son rythme. Chaque cours est différent du précédent et adapté à l’instant présent. Je les amène en douceur et en sécurité à sortir de leur zone de confort.

Ainsi, dès le premier cours, elles se sentent en confiance dans l’exécution des exercices. Elles en sortent souvent plus légères dans leur tête et dans leur corps avec la satisfaction de pouvoir se reconnecter à elles-mêmes.

L’adaptation des principes de la méthode Pilates me permet de les guider sur le bon chemin du mouvement afin d’éviter l’anticipation d’une douleur ou une « incapacité ». Les femmes se surprennent à réaliser des mouvements qu’elles n’imaginaient pas possibles, et cela en toute confiance.

Cette prise de conscience du Mouvement a des répercutions physiques, émotionnelles et psychologiques.

Le nouveau ressenti de leur corps les aide à reprendre confiance en elles. Ces nouvelles sensations sont toujours exprimées verbalement à la fin du cours, comme par exemple :

  • « Je n’aurai jamais cru être capable de faire ça »
  • « C’est épuisant intellectuellement »
  • « Ça demande une concentration phénoménale, je ne pensais plus en être capable »
  • « Je ne pensais pas que mon corps était capable de tout ça »
  • « Je découvre des muscles que je ne connaissais pas »
  • « Ça fait un bien fou »
  • « Je ressens mon centre »
  • « Je ressens mon épaule bouger »
  • « Je me sens légère »

 Ces ressentis exprimés par les patientes peuvent être illustrés par une étude scientifique publiée en 2010, « Effets des exercices de Pilates sur la capacité fonctionnelle, la flexibilité, la fatigue, la dépression et la qualité de vie chez les patientes atteintes d’un cancer du sein : une étude contrôlée randomisée » de Eyigor, H Karapolat, H Ouiil, R Uslu, B Durmaz (2). Cette étude porte sur 52 patientes, divisées en 2 groupes : le premier bénéficie de séances de Pilates 3 fois par semaine et d’exercices à domiciles tandis que le deuxième groupe ne fait que les exercices à domicile. Les principaux critères de jugement sont intéressants car les sujets ont été évalués avant et après le programme de rééducation par rapport au test de marche de 6 min (6MWT), au test d’assise et d’atteinte modifié, au Brief Fatigue Inventory (BFI), à l’indice de dépression de Beck (BDI) et à l’Organisation européenne pour la Recherche et traitement du cancer Qualité de vie C30 (EORTC QLQ-C30) et EORTC QLQ BR23. Au terme des huit semaines, les participants du groupe1 (avec Pilates) voient leurs résultats aux différents tests améliorés, contrairement à ceux du deuxième groupe (sans Pilates). 
On ne peut pas tester à l’aveugle la pratique du Pilates, et on peut supposer que le fait de se rendre 3 fois par semaines dans le centre de rééducation pour pratiquer le Pilates peut créer une vraie motivation qui se retranscrit dans les résultats ; toutefois cette étude souligne l’efficacité des exercices de Pilates dans différents aspects de la vie d’une patiente atteinte de cancer du sein. Les propos exprimés en fin de séance se trouvent ici justifiés.

Dans ce même sens, une autre étude : « Efficacité des exercices basés sur le Pilates sur les troubles des membres supérieurs liés au traitement du cancer du sein » de Un Zengin Alpozgen 1, Un Razak Ozdincler 1, H Karanlik 2, F Yaman Agaoglu 3, AN Narin 4 (3) conclue que la méthode Pilates peut être considérée comme une alternative efficace aux différentes méthodes de rééducation classiques. 

Toutefois, la littérature scientifique ne dispose pas à ce jour de beaucoup d’études réalisées à ce sujet ; et certaines manquent d’étoffe pour que nous les citions (par exemple, une étude n’observe que 4 participantes : un si petit chiffre ne peut permettre de conclusion solide) ; ou encore, nous avons noté des biais trop importants comme Pilates versus aucune pratique sportive.

En conclusion, certaines études montrent que si la méthode Pilates n’est pas meilleure qu’une autre, elle reste adaptée dans un parcours de soin d’une femme atteinte d’un cancer du sein puisque les résultats sont aussi bons qu’une autre méthode, et parfois même meilleurs (cf.étude (2)).

En pratiquant le Pilates, les femmes peuvent ainsi appliquer en sécurité un de mes principes « le mouvement c’est la vie » et ressentir en elles la phrase de Joseph Pilates : « Un corps libre de tension et de fatigue permet d’affronter toutes les complexités de la vie ».

                                                                                                    Isabelle Petit-Brandy et Eugénie Langlois

(1) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31625419/

(2) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21224783/

(3) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27339709/

La FPMP répond au Monde

Ces derniers mois les médias se sont montrés plus attentifs à notre métier. Il y a des articles solidement documentés, comme dans Le Monde, ou l’article dans Society ou même la jolie vidéo sur Joseph Pilates publiée sur les réseaux par France Culture. C’est un signe que l’identité spécifique qui distingue notre métier commence à prendre forme dans la conscience collective. Et cela est valorisant pour nous, les enseignants.

 

L’article dans Le Monde du 16 novembre 2020, a mis en lumière la légende selon laquelle la pratique des exercices enseignés par Joseph Pilates aux détenus internés dans le camp sur l’île de Man les aurait immunisés contre la Grippe Espagnole. L’article démontre de façon étudiée en citant des autorités sur le sujet, comme Javier Perez Pont, auteur de « Hubertus Joseph Pilates : The Biography » que le faible nombre de malades et de décès sur l’île de Man serait plus attribuable à des facteurs géographiques et logistiques que sportives. Cette thèse est peut-être très juste mais elle est, à notre sens, insuffisante et incomplète.

 

En ce moment la question d’immunité prend le devant de la scène médiatique. Le message est maintenant clair : une hygiène de vie physique et mentale va nous défendre contre les pathogènes inflammatoires. Mais comment fonctionne ce renforcement immunitaire ?

 

Le facteur majeur qui contribue à la capacité du corps de se protéger contre les pathogènes envahisseurs viraux ou bactériens, est la production et la circulation de la Lymphe. Les ganglions lymphatiques sont des organes qui produisent les lymphocytes et qui filtrent la Lymphe – les toxines, les déchets cellulaires et agents infectieux sont ainsi éliminés. La Lymphe nettoie le corps, elle quitte le réseau sanguin pour imbiber les tissus avant de rejoindre ses propres vaisseaux et être reversée dans le sang. Elle se déplace dans le corps grâce aux actions des muscles squelettiques et des muscles lisses en coopération avec le système cardio-vasculaire. Le seul moteur ou pompe pour stimuler le mouvement de la Lymphe dans le corps est cette action combinée des muscles profonds et de la respiration.

 

Les principaux organes qui produisent les Lymphocytes se trouvent dans le thorax et le tronc. Ces zones profondes sont mobilisées par la pratique de la méthode Pilates.

 

La Méthode Pilates Classique Complète (tapis et équipements) est un système unique qui travaille le corps du centre vers l’extérieur. Il cible les muscles proches du squelette, de la colonne et des organes et à terme modifie les habitudes motrices corporelles dans ce sens. Les exercices pratiqués de façon profonde et soutenue, stimulent ces zones inaccessibles et transforment notre façon d’utiliser le corps au quotidien.

 

L’insistance sur une expiration complète qui « essore » va développer la capacité des poumons à évacuer les toxines. D’ailleurs dans son livre « l’Encyclopédie du Pilates », Blandine Montagard décrit l’expiration comme « la première des détoxes ». Des exercices comme le Rolling Like a Ball et le Roll Up (deux exercices de respiration) atteignent par effet de massage interne, les organes lymphatiques du thorax et de l’abdomen. L’ordre du répertoire classique enchaine allongements et étirements des muscles squelettiques en opposition et en alternance, de façon rythmée et dans toutes les directions. C’est cet enchainement rythmé, qui fait collaborer l’action accrue de la respiration et optimise la production et la circulation de la Lymphe. Joseph Pilates décrivait le Hundred comme une « douche intérieure »et des exercices en torsion comme ayant un effet d’« essorage » (wringing out). Ses images d’assainissement par lavage sont soutenues par la science.

 

Les réclamations de Joseph Pilates qui semblent excessives (voir même mensongères) au journaliste du Monde doivent leur extravagance à sa conviction et son enthousiasme pour les bienfaits de sa Méthode. Il est important de comprendre que le Pilates est une pratique transmise par lignée, nous , les professeurs enseignons ce que nous avons reçu comme enseignement et cela remonte à l’origine de la Méthode. C’est justement cette formidable énergie positive véhiculée et contenue dans les dictons du fondateur et faisant partie intégrante de la transmission de la pratique qui inspire et motive ses pratiquants à surmonter tous les défis. Notre attitude mentale reste une protection fondamentale contre la maladie.

 

L’effet exceptionnellement efficace d’une pratique régulière de la Méthode Pilates Classique Complète sur le système Lymphatique et sur l’immunité distingue le Pilates par sa spécificité qui est ancrée dans une réalité physiologique.

 

Même si les détenus ont été protégés par l’organisation du camp sur l’Ile de Man plutôt que par le Roll Over, il est réducteur et erroné de suggérer que les revendications de Joseph Pilates en matière d’immunité sont uniquement du Fake news ou relèvent d’un « Mythe Urbain » ou d’une « Self Promotion » exagérée. Une exploration plus approfondie et mieux informée révèle un tableau des effets immunisants de la Méthode beaucoup plus nuancé et complet.

 

Jane ALLAN