Par Noemie Moreau et Gwenola Boucher
L’obésité est caractérisée par une accumulation de masse grasse pouvant nuire à la santé. Cette maladie chronique, évolutive, multifactorielle et aux nombreuses comorbidités est devenue un problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale, le surpoids et l’obésité étant reconnus comme la 5ème cause de mortalité par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L’obésité se mesure au moyen de l’indice de masse corporelle (IMC). Chez l’adulte, un IMC entre 25 kg/m2 et 30 kg/m2 est un signe de surcharge pondérale alors qu’un IMC ≥ à 30 kg/m2 désigne un état d’obésité.
Selon l’OMS, une personne sur huit dans le monde était obèse en 2022, soit plus de 890 millions d’adultes, tandis que 2,5 milliards d’adultes étaient en surpoids. La situation est également préoccupante chez les jeunes : plus de 160 millions d’enfants et d’adolescents vivent avec l’obésité. Depuis 1990, la prévalence de l’obésité a plus que doublé chez les adultes et quadruplé chez les enfants.
En France, la tendance suit la même évolution. L’étude la plus récente publiée en 2024 (OFEO) estime que 48.8% de la population française est en surpoids ou en obésité : près de 18% de la population adulte française est en obésité (soit 10 millions de personnes) et près d’un adulte sur deux est en surpoids ou obèse (Ligue Nationale contre l’obésité-OFEO, 2024).
La prévalence de l’obésité varie selon l’âge et le sexe, les femmes sont plus touchées que les hommes. Son augmentation est plus forte chez les 18-25 ans, notamment en ce qui concerne l’obésité sévère et complexe. Elle est également plus élevée dans certains départements. Enfin, il existe une corrélation entre obésité et catégories sociales défavorisées et cette tendance s’est accentuée au cours des dernières années.
Longtemps perçue comme le simple résultat d’un déséquilibre entre apports alimentaires et dépenses énergétiques, l’obésité est désormais reconnue comme une maladie multifactorielle. Elle résulte d’interactions complexes entre des facteurs biologiques, génétiques, environnementaux, psychologiques et sociaux (Figure 1a). L’évolution des modes de vie, marquée par la sédentarité et l’abondance d’aliments riches en calories, contribue fortement à sa progression. Elle se caractérise notamment par une expansion du tissu adipeux, organe actif capable de sécréter des hormones et des molécules inflammatoires influençant l’ensemble de l’organisme. Cette accumulation de tissu graisseux s’accompagne de perturbations métaboliques importantes favorisant le développement de nombreuses pathologies, comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, certains types de maladies respiratoires (dont les signes sévères du Covid-19) et certains cancers (Figure 1b).

Figure 1 : Causes de l’obésité (a) et pathologies liées à l’obésité (b)
Ainsi l’obésité apparaît aujourd’hui comme une maladie complexe multifactorielle et systémique, nécessitant une approche globale intégrant une prévention dès le plus jeune âge, un traitement médical et une compréhension approfondie de ses mécanismes biologiques complexes. Ces derniers impliquent notamment des dérèglements hormonaux, des déséquilibres du microbiote intestinal et des interactions entre les différents organes dans la régulation de l’appétit et du métabolisme. Aussi, proposer un accompagnement adapté aux personnes concernées est indispensable, la promotion d’une activité physique régulière est vivement recommandée ainsi que la lutte contre la sédentarité (OMS, 2020).
Dans ce contexte, le Pilates a plusieurs atouts majeurs dans l’accompagnement des personnes souffrant de surpoids ou d’obésité : il est adaptable, progressif, centré sur la respiration et la qualité du mouvement et peut redonner de la confiance aux personnes concernées grâce aux changements psychosociaux qu’il induit. Il s’inscrit bien dans une approche multidimensionnelle de l’obésité et doit être associé à d’autres interventions pour obtenir des résultats significatifs sur le plan métabolique.
Pour ce thème, nous avons choisi de nous appuyer principalement sur une méta-analyse complétée par des essais contrôlés randomisés.
Étude principale : méta-analyse
Pilates for Overweight or Obesity: A Meta-Analysis. Y. Wang, Z. Chen, Z. Wu, X. Ye, X. Xu. Frontiers in Physiology (2021), vol 12.
L’objectif de cette méta-analyse est d’évaluer les effets du Pilates sur le poids corporel, l’IMC et la composition corporelle (pourcentage de masse grasse, masse maigre et tour de taille) chez des adultes en surpoids ou obésité.
Les auteurs ont regroupé les résultats de 11 essais contrôlés randomisés (ECR) comparant le Pilates à une autre activité physique ou encore le Pilates à l’absence d’intervention. Au total, 393 sujets ont participé à ces études. La fréquence moyenne des entraînements a été de 3 à 4 séances/semaine, d’une durée de 60 à 90 minutes pendant 8 à 12 semaines.
Les résultats des analyses ont permis de mettre en évidence que :
- Le Pilates est associé à une diminution du poids (différence moyenne d’environ -2,40 kg).
- Le Pilates est associé à une diminution de l’IMC (environ -1,17 kg/m2).
- Le Pilates est associé à une diminution du pourcentage de masse grasse (environ -4,22 %).
En revanche, aucune amélioration significative n’a été observée sur le tour de taille ni sur la masse maigre des sujets.
L’analyse des résultats met également en évidence que les bénéfices sont plus importants lorsque les programmes sont prolongés et chez les personnes en situation d’obésité plutôt qu’en simple surpoids. Ces résultats s’expliquent notamment par la faible intensité du Pilates, qui limite son impact sur la dépense énergétique malgré ses effets positifs sur le tonus musculaire et le bien-être physique et mental.
Par ailleurs, comme souvent dans les méta-analyses, les auteurs soulignent plusieurs limites appelant à la prudence telles que l’hétérogénéité des différents protocoles (durée, fréquence, type de Pilates, intensité, encadrement), la taille des échantillons souvent modeste dans les essais, la variabilité des mesures de composition corporelle et la qualité méthodologique perfectible.
Cependant, bien que des ECR de meilleure qualité et de plus grande ampleur soient nécessaires pour confirmer ces résultats, .il apparaît que le Pilates peut constituer un outil complémentaire intéressant pour les adultes en surpoids ou obèses n’adhérant pas aux autres formes d’activités physiques recommandées.
Investigating the effects of Pilates on body composition, posture, and psychosocial parameters in women with and without obesity: A randomized controlled study. S. A. Kabasakal, B. Delice J Phys Act Health (2025) 22(12):1557-1567.
Dans cette étude, les auteurs ont examiné les effets d’un programme de Pilates sur la composition corporelle, la posture et les paramètres psychosociaux chez des personnes obèses ou non, à raison de 2 séances /semaine pendant 8 semaines. 58 participantes ont été réparties en deux groupes : 30 femmes obèses dont 15 effectuent des exercices Pilates et 15 n’en font pas et 28 femmes non obèses dont 14 font du Pilates et 14 n’en font pas.
Les résultats suggèrent que chez des femmes avec obésité, la pratique du Pilates améliore la posture et agit positivement sur des paramètres psycho-sociaux avec une baisse de l’alimentation émotionnelle, de l’anxiété liée au regard sur le corps et une hausse de l’estime de soi. En revanche, les effets sur la composition corporelle restent plus limités, l’augmentation de l’IMC et du pourcentage de masse grasse étant prévenue.
Ces résultats illustrent que la pratique du Pilates permet d’améliorer la posture et favoriser le bien-être et la qualité de vie plutôt que la perte de poids chez les femmes obèses.
Hypoxic Pilates Intervention for Obesity: A Randomized Controlled Trial. K. Jung, J. Kim , H.-Y. Park, W.-S. Jung, K. Lim. Int J Environ Res Public Health. (2020), 17(19):7186.
Dans cet essai contrôlé randomisé, les auteurs ont évalué les effets sur l’obésité d’une pratique de Pilates réalisé en conditions hypoxiques modérées (environnement appauvri en oxygène). Cette étude compare les effets du Pilates réalisé en conditions normales à ceux effectués en hypoxie simulée.
L’étude a été effectuée sur 3 groupes de femmes obèses âgées de 34 à 60 ans : 1 groupe contrôle (n=10), 1 groupe « normoxie » (n=10) et un groupe hypoxie (n=12), les groupes normoxie et hypoxie ayant réalisé 50 minutes de Pilates avec élastique 3 fois par semaine pendant 12 semaines. Toutes les participantes ont subi des mesures de composition corporelle, de paramètres physiologiques et marqueurs biologiques (pression artérielle, fonction endothéliale et vasculaire, biomarqueurs cardiométaboliques).
Les résultats obtenus démontrent qu’en conditions hypoxiques, une amélioration de la dépense énergétique est obtenue ainsi qu’une stimulation accrue de l’oxydation des lipides conduisant respectivement à une perte de poids et de la masse grasse. De plus, des effets favorables sur la condition physique et certains paramètres métaboliques sont observés.
Bien que les résultats soient encourageants, les chercheurs restent prudents quant à leur interprétation en raison du faible nombre de participantes et de la durée relativement courte de l’expérimentation. De plus, ils reconnaissent que l’apport alimentaire et l’activité quotidienne des participantes durant l’étude n’ont pas été étudiés et peuvent par conséquent constituer un biais à l’étude.
Ainsi cette étude met en évidence que la pratique du Pilates en hypoxie modérée pourrait constituer une stratégie d’exercice efficace pour la prévention et le traitement de l’obésité, en améliorant les fonctions endothéliales et celles du flux sanguin.
L’ensemble de ces différentes études scientifiques montre donc l’influence positive de la pratique du Pilates chez les personnes en surpoids ou en obésité. L’intégration du Pilates dans une prise en charge globale (associant activité physique, alimentation et suivi médical) se présente donc comme une plus value pour améliorer la santé et la qualité de vie de ces personnes.
– Etude OFEO, Ligue contre l’Obésité, 2024. https://liguecontrelobesite.org/actualite/lutte-contre-lobesite-la-ligue-nationale-contre-lobesite-devoile-une-nouvelle-etude-epidemiologique-ofeo/
– Pilates for Overweight or Obesity: A Meta-Analysis. Y. Wang, Z. Chen, Z. Wu, X. Ye, X. Xu. Frontiers in Physiology (2021), vol 12. doi:10.3389/fphys.2021.643455.
– Investigating the effects of Pilates on body composition, posture, and psychosocial parameters in women with and without obesity: A randomized controlled study. S. A. Kabasakal, B. Delice J Phys Act Health (2025) (2025) 22(12):1557-1567.
– Hypoxic Pilates Intervention for Obesity: A Randomized Controlled Trial. K. Jung, J. Kim , H.-Y. Park, W.-S. Jung, K. Lim. Int J Environ Res Public Health. 2020 Sep 30;17(19):7186.







