Le regard de la CoSci : Plancher Pelvien & Pilates – Partie 1

Par Eugénie Langlois

Le plancher pelvien est composé de différents muscles tapissant la base du petit bassin, offrant ainsi un soutien aux organes abdomino-pelviens (digestifs, urinaires et sexuels).

Coupe sagittale (de profil) ; schémas des organes, des repères osseux et du plancher pelvien, ce dernier étant parfois comparé à un hamac au vu de sa forme incurvée comme représenté ci-dessous.
Périnée chez l’homme et la femme

Vue du dessous, représentant les différents muscles du plancher pelvien :

Un dysfonctionnement du plancher pelvien peut entraîner des incontinences urinaires et/ou fécales :

  • Chez l’homme : à la suite de l’ablation de la prostate notamment (cancer)
  • Chez la femme : à la suite des accouchements, liées à la ménopause, …etc.

Et, chez les femmes, des prolapsus des organes (=descente d’organes) et/ou des dyspareunies (=douleurs lors des rapports sexuels).


Dans le cadre de cet article, nous ciblerons nos propos sur les incontinences urinaires liées à l’effort, chez les femmes de 45 ans ou plus, par le prisme de l’étude suivante :

« Electromyographic characteristics of pelvic floor muscles in women with stress urinary incontinence following sEMG-assisted biofeedback training and Pilates exercises. »

Daria Chmielewska 1Magdalena Stania 1Katarzyna Kucab-Klich 1Edward Błaszczak 2Krystyna Kwaśna 1Agnieszka Smykla 1Dominika Hudziak 3Patrycja Dolibog 2

« Caractéristiques électromyographiques des muscles du plancher pelvien chez les femmes souffrant d’incontinence urinaire d’effort au cours d’un entraînement à l’aide d’un biofeedback par électromyogramme et à des exercices de Pilates.»

*Le biofeedback par EMG permet de récupérer un signal visuel en réponse à l’activité musculaire (contractions et relâchements volontaires). L’EMG fonctionne par voie périnéale (avec sonde vaginale ou anale) ou par voie transcutanée (avec des électrodes adhésives placées sur le corps).

Image Fizimed.com

Cette étude s’intéresse aux femmes de 45 ans et plus, présentant des symptômes d’incontinences urinaires. Les critères d’inclusion et d’exclusion ont été minutieusement définis. Par exemple, sont inclus les patientes avec symptômes d’incontinences urinaires modérées, au moins 2x/semaine ; sont exclues les patientes ayant déjà eu recours à la chirurgie pour ce type de problématique, ou ayant des incontinences urinaires d’origine neurologiques… etc.

Pour évaluer le type d’incontinences urinaires, le questionnaire de la Consultation internationale sur l’incontinence (ICQI) a été utilisé.

Elles ont choisi à quel groupe de formation elles souhaitent appartenir :

  1. Programme avec sonde EMG et biofeedback (une sonde EMG envoie une petite décharge électrique qui permet de faire fonctionner les muscles de l’appareil génital et anal / le biofeedback consiste à enregistrer l’activité musculaire pour fournir des informations sur la qualité des activités motrices) => 18 personnes
  2. Programme avec les exercices de Pilates (sur tapis, avec pour consigne l’ajout de la contraction volontaire des muscles du plancher pelvien) => 13 personnes (réparties par groupes de 3 femmes avec un instructeur)

Les deux programmes contiennent 24 séances de 30 à 50 minutes chacune, à raison de 3 séances par semaine pendant 8 semaines, précédées de 3 séances d’instruction identiques aux deux groupes.

Ont été répertorié pour chacune des participantes :

  • L’âge
  • Le poids et la taille
  • La consommation médicamenteuse
  • Les antécédents obstétricaux (nombre d’accouchements, par voies naturelles ou par césariennes)
  • L’état ménopausique
  • L’hormonothérapie éventuelle

La première instruction : a permis d’initier les participantes au journal de la vessie/miction. Elles ont aussi reçu les mesures d’auto-évaluation normalisées pour évaluer les symptômes d’incontinence et leurs impacts sur la qualité de vie. Ceux-ci sont évaluer à l’aide du King’s Health Questionnary (KHQ) qui donne deux scores.

(Journal de la vessie/miction = mesurer puis noter les quantités de liquide ingérées et les quantités d’urine sur 24H)

La seconde instruction : était basée sur la contraction/relaxation des muscles du plancher pelvien, et les participantes ont pu observer comment les signaux sont enregistrés.

La troisième instruction : a servi pour prendre les valeurs de référence : les contractions volontaires maximales des muscles du plancher pelvien ont été mesurées ; en décubitus dorsal (patiente allongée sur le dos), et avec les articulations de la hanche et du genou fléchies à 30° et 90° respectivement.

Les paramètres d’évaluation pour l’EMG étaient des essais d’activité musculaire au repos, puis lors des contractions de 1 à 10 secondes, avec différents paramètres précis mesurés tels que l’amplitude ou la crête moyennes affichées lors de la contraction musculaire maximale.

Les participantes du groupe Pilates suivaient donc des séances de Pilates avec ajout de la contraction volontaire des muscles du plancher pelvien et du muscle transverse de l’abdomen pour chaque exercice proposé. Des tapis et des balles sensori-moteurs ont été utilisés.

Toutes les participantes des deux groupes ont également été invitées à intégrer les contractions des muscles du plancher pelvien dans les activités quotidiennes et ont été formés pour ajouter la manœuvre de Knack* avec la toux et les éternuements.

Les résultats indiquent plusieurs choses :

  • Concernant la fréquence des mictions et la fréquence de la nycturie (besoin d’uriner pendant la nuit) :
    • Dans le groupe Sonde + Biofeedback : différences significatives entre le début de l’essai et 6 mois plus tard.
    • Dans le groupe Pilates, pas de différence.
  • Concernant les scores KHQ et le nombre moyen d’épisodes d’incontinence :
  • Dans le groupe Sonde + Biofeedback : différences significatives entre le début de l’essai et la fin de l’essai, et entre le début et six mois plus tard.
  • Dans le groupe Pilates, différences significatives entre le début de l’essai et la fin de l’essai, et entre le début et six mois plus tard.
  • Dans le groupe Pilates aussi : diminution du score entre le début de l’essai et la fin (8 semaines plus tard) et entre le début et six mois plus tard.

On note quelques différences entre les deux groupes :

  • Les scores KHQ sont meilleurs pour le groupe Pilates lors de la mesure six mois après le début de l’essai.
  • On note une diminution significative de l’activité au repos des muscles du plancher pelvien pour le groupe Sonde + Biofeedback entre le début et la fin de l’essai.

Certaines analyses post-hoc sont transcrites dans cette étude.

Post-hoc = analyses effectuées après la fin d’une expérience et qui n’ont pas été planifiées à l’avance.

Voici ce qu’elles nous disent :

  • Dans l’analyse post-hoc de la courte contraction, les différences d’amplitude entre les deux groupes sont similaires en posture debout, mais pas en décubitus dorsal. En effet, en position allongé sur le dos, les pourcentages d’amplitudes sont plus élevés dans le groupe Pilates que dans celui Sonde+Biofeedback.
  • Aucune différence significative n’est remarquée entre les deux groupes dans l’essai de contraction de 10s en décubitus dorsal.
  • En revanche, dans l’essai de contraction de 10s en posture debout : les courbes sont plus élevées dans le groupe Sonde+Biofeedback huit semaines après le début de l’essai (à la fin du programme) ; mais cela s’inverse six mois après le début de l’essai : les courbes deviennent plus élevées dans le groupe Pilates.
  • Aucune différence entre les groupes concernant les essais de relaxation.

CONCLUSION

Le questionnaire KHQ a démontré que, en ce qui concerne la qualité de vie, les exercices de Pilates se sont avérés supérieurs au programme sonde + biofeedback ; tandis que l’analyse ICIQ-SF a indiqué une efficacité similaire des deux programmes d’exercices.

Les améliorations intragroupes de la fréquence de miction, des épisodes d’incontinence (fuites) et de la fréquence des nycturies étaient comparables.

Ni le programme sonde + biofeedback, ni celui avec les exercices de Pilates n’ont pas réussi à provoquer une nette augmentation de l’activité bioélectrique des muscles du plancher pelvien pendant les contractions, peut-être du fait que huit semaines ne suffisent pas pour modifier la musculature du plancher pelvien s’interrogent les auteurs.

Une diminution de l’activité bioélectrique des muscles du plancher pelvien a été notée lors de l’essai d’activité au repos et pendant la relaxation après une contraction soutenue, mais uniquement dans le groupe sonde + biofeedback, en décubitus dorsal. Cela devrait être considéré comme un effet bénéfique de l’entraînement tandis qu’aucun effet de ce type n’a été noté dans le groupe Pilates. Cependant, ces observations ne soutiennent pas l’entraînement des muscles du plancher pelvien avec la sonde + biofeedback comme une intervention plus favorable dans l’incontinence urinaire à l’effort.

Les résultats obtenus n’ont démontré la supériorité d’aucune des deux méthodes en ce qui concerne l’activité bioélectrique des muscles du plancher pelvien.

*Manœuvre de Knack :

  • Contractez la musculature périnéale
  • Tenir cette contraction pendant 2-3 secondes
  • Puis toussez
  • Enfin, ne relâchez la contraction qu’après la fin de la toux.